ENTRÉE EN MATIÈRE

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Je devais depuis longtemps cet hommage au Professeur Hamidullah avec lequel j’ai entretenu des relations épistolaires intenses à la fin des années 70 lorsque je résidais en province, à Calais (62), et que j’ai ensuite fréquenté assidûment à Paris pendant une dizaine d’années à partir des années 80, puis plus épisodiquement lorsque ses facultés ont décliné (avec tout le respect que je lui dois), jusqu’à son émigration aux U.S.A. en 1996. A l’inverse des « solliciteurs itinérants » qu’il déprisait tout en les ménageant, il m’a adopté et façonné sans prendre de gants, sachant que j’en étais demandeur et qu’il pouvait se le permettre. On a évidemment le droit ne pas être un inconditionnel de celui qu’on appelait familièrement « LE Professeur », et même de contester certaines de ses réflexions et de ses prises de position (moi y compris très très humblement), mais personne ne sera autorisé à mettre en doute sa curiosité et son effervescence intellectuelles, son engagement religieux et sa philanthropie, sa rigueur et son désintéressement, et l’identité parfaite entre ses idées et ses actions.
En guise de pied-de-nez aux révisionnistes qui ont sublimé jusqu’à mon existence dans le sillage du Professeur : Pour preuve de sa confiance, il sollicitait malicieusement mes « fatwas » avant de consommer ce qui lui semblait douteux;  c’est lui qui m’avait d’abord alerté sur la présence de présure animale (réputée haram) dans les fromages puis incité à vérifier la composition et la conformité des produits alimentaires par rapport aux normes islamiques. Question intimité, il m’a non seulement grandement honoré en passant quinze jours de convalescence chez moi à Bobigny en 1983 mais a consenti à partir des années 90 à ce que mon épouse fasse un peu de ménage chez lui une fois par semaine (gracieusement évidemment). Je n’en suis pas peu fier, car personne ne peut en dire autant en dehors de sa propre famille. Mais restons-en là.

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Comme je l’ai dit par ailleurs, « Perpétuer son œuvre est le seul hommage auquel il aurait consenti, lui qui exécrait la flatterie, les honneurs et la vanité ». Cerise sur le gâteau donc, le Docteur Hamidullah m’a confié à fin de duplication son répertoire personnel (manuscrit dont je mettrai un jour la copie à disposition ici, inchaALLAH), lequel recense une liste impressionnante de livres et d’articles jusque dans les langues les plus insolites, ainsi que sa propre collection de travaux imprimés. Il y a trente ans Internet n’existait pas et pour lire ou diffuser des ouvrages ou des extraits littéraires il fallait les acheter ou les photocopier. Je me suis cantonné alors à collationner les documents arabes, anglais et français (les autres langues m’étant inconnues), que j’ai archivés en me promettant d’en faire profiter autrui quand l’occasion s’en présenterait. Vingt cinq ans (un quart de siècle) ont passé depuis, à ma grande honte.
Le site http://www.drmhamidullah.com/ met d’ores et déjà en ligne un certain nombre de travaux du Professeur en langue anglaise mais comme certains semblent faire défaut, je compléterai inchaALLAH avec ceux que je possède. Le présent blog se limitera dans un premier temps à ses écrits en langue française, et exclusivement les siens, contrairement au Collectif (dit) Hamidullah) dont le tort principal a été de vouloir à tout prix mélanger « les torchons avec les serviettes », la médiocrité avec l’excellence. InchaALLAH, au fur et à mesure de leur scannage, je listerai chronologiquement sur ce site les divers documents en ma possession avec un lien de téléchargement vers des « pdf ». Etant donné la pauvreté intellectuelle au sein de la Communauté, doublée d’une paresse inégalable, je ne me fais évidemment aucune illusion quant à la fréquentation de ce site que les plus culottés faisaient mine d’appeler de leurs vœux. Peu importe, tant que ma part du boulot est accomplie. Et c’est là où je rejoins le pauvre Professeur Hamidullah dans ses démêles avec les « beaux-parleurs » incapables de tenir le moindre engagement. Que DIEU lui fasse miséricorde !
La qualité des supports (bruts de fonderie) laissant parfois à désirer, ceux qui n’en seront pas satisfaits prendront leur courage à deux mains et pourront toujours passer leurs loisirs à retaper les textes défectueux pour les publier de nouveau, au lieu de se cantonner à critiquer. Comme je doute qu’il y ait beaucoup d’amateurs, alors « camembert ». InchaALLAH, je mettrai également à disposition des conférences données par le Professeur, que j’ai personnellement enregistrées sur des sujets variés, en audio car il abhorrait la photo et la vidéo, ce que feignent d’ignorer ceux qui l’illustrent ainsi contre son consentement. InchaALLAH, des textes rédigés dans d’autres langues (anglais et arabe), voire leur traduction en français, seront également proposés sur ce blog dans la mesure du possible avec l’aide de ceux qui se sentiraient une vocation désintéressée en ce sens. Et pourquoi pas aussi mes échanges épistolaires privés avec celui que j’ai considéré comme mon « père spirituel ».
Ceux qui se targuent aujourd’hui d’avoir été proches du Cheikh Hamidullah ne le fréquentaient qu’épisodiquement, le plus souvent par intérêt égoïste, et n’étaient bien souvent à ses yeux et selon sa propre formulation que des « idiots » ou des « paresseux » (qui s’ignorent). Leurs boniments prouvent d’ailleurs qu’ils ne le connaissaient pas vraiment, contrairement à ceux qui ont eu le privilège de travailler avec lui plusieurs heures quotidiennement comme je le fis pendant des années et n’en ont pas fait état plus que ça. Ces parasites ignorent jusqu’à ce jour que sous ses dehors débonnaires il dissimulait un caractère bien trempé, une volonté implacable et une détermination inflexible.  Quant à ceux qui ont « recherché » sur l’Honorable Professeur, ils n’ont pas fait l’effort de sortir des sentiers battus et n’ont donc rien exhumé de bien original. Je démontrerai sur ce blog qui lui est exclusivement consacré que tout ce que le réfugié politique Hamidullah ne faisait pas ou ne disait pas ouvertement (et nominativement), par diplomatie, par politesse ou à cause de son statut, il l’exprimait par d’autres moyens plus discrets voire même secrets.
L’Historien et Écrivain Muhammad Hamidullah fuyait les récompenses et la gloire comme la peste et n’aspirait qu’à voir ses travaux publiés. Il fit de grandes concessions pour cela en supportant jusqu’à la tyrannie et les travers de ceux de ses contemporains qui lui en offraient l’opportunité.  Il m’a officiellement autorisé par écrit à diffuser ses travaux et quoique avec retard, près de 15 ans après sa disparition, je lui rends cet hommage posthume. Assez partageur par nature, j’autorise évidemment que tout ce que je mettrai en ligne sur ce blog soit reproduit à l’infini sur d’autres sites ou supports, même par ceux qui chercheront à me concurrencer (dans les bonnes actions, mais ça reste à prouver !). Peu m’importe le vecteur, tant que l’objectif est atteint ! L’essentiel est que le maximum de monde en profite, quand bien même d’aucuns feront croire qu’ils sont précurseurs ou exclusifs en la matière. DIEU reconnaît les siens et récompensera tout un chacun selon ses intentions et ses mérites, nul doute là-dessus. Ma diffusion à moi est gratuite, désintéressée et respectueuse des termes du pouvoir que mon Maître m’a légué. Si des « vautours improductifs » s’avisaient de faire prévaloir juridiquement des droits immérités, ils devront s’attendre à ce que leurs  poursuites se révèlent ici-bas sans objet et sans issue, et dans l’au-delà de se voir honteusement désavoués, à ma plus grande délectation. « A vaincre sans péril on triomphe sans gloire », disait le tragédien Corneille.
Et Louange à DIEU, Seigneur des mondes.
Daniel-Youssof Leclercq